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La Lettre de L'Agora, 2 juin 2020

Vol 12 No. 7 Vue d'ensemble sur la polycrise mondiale

Notre projet initial pour cette lettre était de la consacrer à l’après-crise sanitaire, comme s’il s’était agi d’un incident de parcours comme ce fut le cas pour la grippe AH1N1 en 2009 ou le choc financier de 2008. Il s’agit plutôt d’une longue polycrise : sanitaire, économique, politique, sociale, écologique. Et comment dans ces conditions ne serait-elle pas aussi culturelle, voire religieuse? Nous sommes sans illusions. L’urgence créée par la précarité pourrait très bien susciter non seulement un retour, mais une aggravation du même. La réflexion n’est toutefois jamais totalement vaine. Le mot crise vient du grec krinein qui veut dire juger. Le sens de toute crise, à plus forte raison de toute polycrise, se trouve dans les diagnostics qu’elle suscite et dans les leçons qu’on peut en tirer pour l’avenir.

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Les surprises de la reprise

Poser sa pierre

par Jean-François Abgrall


Reprise de l'économie. La tâche sera ardue. Le langage pernicieux du marché s’est infiltré partout. Pas seulement un vocabulaire, mais un parler, un langage concret, monosémique, utilitariste, et des sigles, un prélude à la quantification; fi de la métaphore et des termes génériques. Et que dire de l’implicite? On ne suggère plus, on régit. Plus de valeurs, des normes! Car si les valeurs sont l’antithèse du marché, les normes sont signes et s’achètent. L’honneur ne s’achète pas, ni la dignité, mais les signes honorifiques, si!

Le Léviathan sanitaire

par Marc Chevrier

Le Léviathan, tel s’appelle l’État conçu par Thomas Hobbes au milieu du dix-septième siècle. Pendant la pandémie, cet animal à plusieurs têtes s’est comporté selon sa première raison d’être : assurer la sécurité des citoyens, fût-ce par des méthodes draconiennes. Mais même en temps normal, cet État polycéphale continue sa politique première, fondée sur la protection assurantielle contre les risques de l’existence. Sous le protectorat social du Léviathan sanitaire, les libertés individuelles (de choix) gagnées contre la nature pour assurer le confort de l’ego prennent le pas sur l’indépendance personnelle et les solidarités premières.

La grippe et la gangrène, analyse déviante des déviances de l’après-crise

par Nicole Morgan

Suite à son analyse des rêves avortés de l’après 2008, Nicole Morgan donne à réfléchir à ceux qui prédisent des lendemains qui chantent après la pandémie. Ce n’est en fait, pense-t-elle, ni un débat, ni une discussion mais un délire du refus des limites. Les ultras de droite ne veulent aucune limite à leur prédation de la planète et ne veulent aucune responsabilité envers ce qu’ils appellent les parasites. Les ultras de gauche ont leur propre délire en refusant de limiter les droits des individus.

La pandémie : crise et chrysalide

par Daniel Laguitton

«Le nez de Cléopâtre, s’il eut été plus court, toute la face de la terre aurait changé», écrit Pascal dans ses Pensées. Les exemples abondent en effet d’incidents apparemment bénins, improbables ou aléatoires qui, comme la chute d’un premier domino, déclenchent une série d’événements aux conséquences profondes.

Lendemains de cauchemar

Par Jean-Jacques Wunenburger

Ce texte est extrait d’un article à paraître en septembre aux Éditions du Cerf dans un ouvrage collectif dirigé par Emmanuel Hirsch, consacré à l’épidémie.

La vie des empires en temps de pandémie

par Marc Chevrier

On trouvera ici quelques extraits de l’ouvrage de Marc Chevrier paru peu de temps avant le basculement du monde dans la pandémie de la covid-19. Certains passages peuvent nous éclairer sur la dynamique du pouvoir dans les grands ensembles humains, qu’exacerbe une crise comme celle de la pandémie actuelle. Marc est un ami de longue de date de l’Encyclopédie de l’Agora.

Moi et mes droits

par Philippe Lorange

En restant confinés dans leur demeure, les harangueurs habituels de la défense des sacro-saints droits de l’homme ne peuvent demeurer cois. Les annonces de mesures de restrictions par les autorités publiques représentent chaque fois pour eux une occasion en or de monter aux barricades. Sans eux, qui pourrait garantir la liberté fondamentale de chacun de déambuler dans un parc ou d’aller chercher sa pizza dans une région voisine?

La vie suit son cours

Patience du ciel

par Pierre-Jean Dessertine

Que le ciel n'est pas objet de perpception, et que, pourtant, sa présence sensible est nécessaire pour savoir vivre humainement!

Trois nouvelles de Nicolas Bourdon

Plaisir de lire des textes vivants, bien ciselés, qui s’impriment dans la mémoire comme des tableaux de maître.

Une journée difficile… pour les draveurs

Le Protestant

La dernière binerie


Journal de polycrise - par Jacques Dufresne

Des Sœurs de la Providence à l’État-providence

Voici la version PDF, comportant des hyperliens, de cet article paru dans Le Devoir du 21 mai 2020, où j’ai tenté de tirer la quintessence de l’équivalent d’un livre, soit l’ensemble des pages du journal que je tiens depuis février. Dans les réflexions qui suivent j’explicite ma pensée sur les points les plus importants à mes yeux. Plutôt que de les rassembler dans un seul long document, je les présente ici séparément.

Préposé dans un CHSLD, une vocation ou une profession?

Après m’avoir raconté que pour plusieurs de ses clientes, le soin des cheveux n’était qu’un prétexte pour discuter de leurs problèmes personnels, une coiffeuse me confia un jour qu’elle avait décidé de devenir psychologue. Malheureuse, lui ai-je répondu un peu trop spontanément : ce dont vos clientes ont besoin ce n’est pas d’une compétence attestée par un diplôme mais de celle qu’enferment votre humanité et vos charismes personnels. Sous l’effet de la professionnalisation, l’âme humaine est une marguerite effeuillée par les experts.**

Pour une révision du contrat médical

« Guérir parfois, soulager souvent, consoler toujours.» Cet aphorisme résume l’histoire de la médecine jusqu’au triomphe de la médecine scientifique au cours de la décennie 1930. À partir de ce moment, les deux derniers verbes de l’aphorisme ont progressivement été sacrifiés au premier. La pandémie nous en a rappelé l’importance, mais ce serait une grave erreur de croire qu’il faut, pour cette raison, augmenter la part du budget national consacré à la santé dans son ensemble. Il faudra réduire la part des ressources octroyées à la médecine de pointe.

Fernand Turcotte, le Semmelweis québécois

Fernand Turotte fut un médecin de campagne en campagne permanente. Certes, ce professeur de la faculté de médecine de Laval ne pratiquait pas tous les jours dans un village; je prends ici le titre de médecin de campagne dans le sens que lui donnait Balzac : celui qui soigne sa campagne aussi bien que ses habitants, car un soin ne va pas sans l’autre.

Réserves intérieures, réserves matérielles. De la vertu d’économie

La pluie pandémique de milliards prouve que nous faisons, individus, familles et entreprises, un usage si abusif du crédit qu’en cas de crise majeure nos épargnes ne nous permettent de tenir que quelques semaines, voire quelques jours. Il en est de même de nos réserves intérieures. La planète bleue en rougit.

La face cachée des mesures hygiéniques

Si une pilule est aussi un bonbon, c’est-à-dire un symbole qu’on n’avale pas exclusivement pour des raisons biomédicales, pourquoi n’en serait-il pas de même pour la distanciation, les six mètres et les autres mesures hygiéniques de lutte contre la pandémie : le télétravail, la géolocalisation des infectés, le masque et peut-être aussi le  lavage des mains, autre mesure purificatrice ?

Le vieillard heureux et le vieillard malheureux

Sur le vieillard, tout a été dit, tout reste à dire et tout a gravité, gravite, gravitera en lui autour du mystère de la mort. Je soulèverai ici un coin de cet immense voile, à propos du vieillard heureux, en compagnie de Victor Hugo et de Germaine Guèvremont, du vieillard malheureux, en compagnie de Shakespeare et de Marie Noël.

Finir en beauté : rites funéraires et civilisation

Parmi toutes les idées qui ont émergé sur l’agora mondiale pendant la crise de la Covid-19, celles de Giorgio Agamben sur la vie nue mérite une attention particulière. Dans sa grande oeuvre de philosophie politique Homo Sacer (Seuil, 1997-2005), ce philosophe italien de réputation internationale se situe dans le sillage de Michel Foucault, mais aussi de Walter Benjamin ou de Hannah Arendt. Il a également des affinités avec Ivan Illich et Simone Weil.


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